
Des braderies de quartier, des événements associatifs locaux ou encore les offres promotionnelles de fast-foods chaumontais… L’intelligence artificielle s’est immiscée partout dans la communication locale. Mais face à cette prolifération, la lassitude gagne le public et la profession, poussant plateformes et médias à réagir.
Suite à notre précédent article sur la place de l’IA dans la création visuelle à Chaumont, le débat a largement animé notre communauté. Le constat est unanime : l’intelligence artificielle est désormais omniprésente dans le paysage visuel local. Une dynamique qui reflète une tendance mondiale, parfaitement décryptée dans un récent reportage de France Culture qui analyse ce phénomène de « pollution graphique ».
L’un des premiers reproches adressés aux affiches générées par algorithme est leur manque de hiérarchie visuelle. Comme l’explique France Culture dans son analyse, l’IA a tendance à remplir chaque espace disponible, s’opposant radicalement au modernisme graphique qui valorise l’épure pour guider l’œil. Ce diagnostic est largement partagé sur le terrain : sur nos réseaux sociaux, une lectrice confie d’ailleurs sa saturation face à « des affiches d’événements faites toutes pareilles et surchargées où on a du mal à trouver les infos essentielles ».
Dans le documentaire, un chercheur qualifie ce sentiment de « déjà-vu » d’« effet Habsbourg » : à force de se nourrir des mêmes données, l’IA réduit la diversité visuelle pour produire une esthétique standardisée (couleurs chaudes, polices stéréotypées, teintes jaunâtres). Les lecteurs de Chaumont City le ressentent fortement. Dans les commentaires, un internaute pointe du doigt une « saturation visuelle générique » avec des productions devenues « froides et sans vie ». D’autres déplorent une communication devenue « ennuyeuse » ou des visuels qui « ne donnent même plus envie de regarder ».
Pourquoi un tel engouement de la part des petits commerçants et associations chaumontaises ? Le budget et la rapidité sont des arguments massue. Rédiger une simple phrase (le « prompt ») donne l’illusion de la création. Le reportage télévisé compare d’ailleurs ce phénomène à « l’effet IKEA », une théorie psychologique selon laquelle un individu a tendance à surestimer la valeur d’une chose s’il a eu l’impression de participer à sa fabrication.
Fait amusant, cette même analogie du géant du meuble en kit face au sur-mesure de l’artisan a été utilisée spontanément par un professionnel de l’image de notre communauté lors de nos échanges. Selon lui, l’intelligence artificielle n’est qu’un outil, et si certains l’utilisent par manque de moyens, la véritable direction artistique restera toujours l’apanage de l’humain. Une professionnelle de la direction artistique abonde dans ce sens : si les métiers de simple exécution sont menacés, l’IA devient avant tout un « accélérateur pour le créatif » capable d’y apporter sa vision.
Le débat soulève d’autres enjeux éthiques profonds. Outre l’impact écologique désastreux — la vidéo rappelle que générer une seule image consomme autant d’énergie qu’une recharge de téléphone, une absurdité pointée par plusieurs de nos lecteurs —, la question du droit d’auteur enflamme les esprits. Pour beaucoup d’internautes locaux, l’IA ne crée pas, elle pille, se contentant de « recopier sans se soucier des droits d’auteur ».

Dans la ville du Signe et du Festival de l’affiche, la pilule a particulièrement du mal à passer. Plusieurs défenseurs de l’identité locale dénoncent en effet l’hypocrisie de voir de telles illustrations s’inviter dans les communications de la capitale du graphisme. Face à ces crispations, notre récent sondage diffusé sur le canal WhatsApp de Chaumont City confirme la fracture : sur une quinzaine de participants, la majorité perçoit l’IA comme « une menace pour nos créatifs locaux », contre un tiers qui la considère comme « un simple outil » et une infime minorité comme « une opportunité économique ».
Cette lassitude locale s’inscrit en réalité dans un mouvement de fond mondial, où même les géants du numérique commencent à faire marche arrière. Comme le souligne une récente analyse du Blog du Modérateur, les réseaux sociaux partent désormais en guerre contre l’« AI slop » (que l’on pourrait traduire par la « bouillie générée par IA »), ces contenus artificiels produits en masse et sans valeur ajoutée.
L’étau se resserre autour des créations 100 % automatisées : Snapchat a récemment décidé de ne plus recommander les vidéos entièrement artificielles sur son flux Spotlight afin de récompenser « la créativité émanant de personnes réelles ». De son côté, LinkedIn déploie des outils pour pénaliser la visibilité des publications algorithmiques creuses, tandis que YouTube n’hésite plus à exclure de son programme de monétisation les formats génériques créés par l’IA. Et pour cause : selon une étude de l’institut Gallup, l’enthousiasme des jeunes de la génération Z vis-à-vis de l’intelligence artificielle s’est effondré, passant de 36 % à 22 % en un an. Le constat est sans appel : le public veut de l’authentique.

Chaumont City privilégie l’utilisation de véritables photographies pour accompagner les informations et pages vitrines de ses partenaires.
Face à ce double constat — le rejet d’un public saturé et la standardisation dénoncée par les algorithmes eux-mêmes —, Chaumont City a décidé de faire évoluer sa propre ligne éditoriale.
Désormais, notre média limitera de lui-même la diffusion de ces affiches générées par algorithme dans ses colonnes. Une démarche d’ores et déjà en application : la rédaction a récemment fait le choix de refuser d’annoncer des offres de restauration locale car celles-ci souhaitaient l’insertion de ce type de visuels artificiels.
L’objectif de cette décision est clair : remettre l’humain au centre de l’information de proximité. Chaque fois que cela sera possible, Chaumont City privilégiera l’utilisation d’une véritable photographie. Qu’il s’agisse de la devanture d’un commerce, de la réalité d’un lieu, ou mieux encore, du personnel et des équipes qui font battre le cœur de la ville. Face à la froideur d’une communication automatisée, c’est en redonnant un visage authentique à notre tissu local que nous pourrons recréer du lien.

Fondateur et éditeur de Chaumont City, je conçois ce média indépendant comme un espace de découverte et de lien social. En tant que consultant digital et activateur France Num, j'accompagne également les associations et entreprises dans la création de leurs outils web et le développement de leur visibilité en ligne. En savoir plus