
Alors que les visuels générés par intelligence artificielle colonisent les réseaux sociaux et la communication locale, un reportage de l’émission Météo à la carte sur France 3 remet en lumière la démarche artisanale des graphistes chaumontais. Entre quête d’immédiateté et défense du savoir-faire, le débat s’intensifie dans la capitale du graphisme.
Une esthétique lisse, des couleurs ultra-saturées et un style rapidement reconnaissable. Sur les réseaux sociaux comme sur les panneaux d’affichage, les visuels conçus par intelligence artificielle générative se sont multipliés ces derniers mois. Séduites par la gratuité et la rapidité de ces outils, de nombreuses structures — associations, commerces ou organisateurs d’événements — y recourent pour concevoir leurs affiches.
Pourtant, cette automatisation commence à produire un effet de saturation chez les utilisateurs, lassés par une homogénéisation des images. Sur le plan juridique, l’entrée en vigueur de l’Acte européen sur l’intelligence artificielle impose désormais d’indiquer clairement au public lorsqu’un visuel a été généré par un algorithme.
À Chaumont, cette transition numérique suscite des réactions particulièrement vives au sein de la communauté artistique et étudiante. Dans un reportage diffusé par l’émission Météo à la carte sur France 3, la démarche d’une étudiante chaumontaise en graphisme illustre l’opposition entre création automatique et travail d’auteur.
Installée face au Viaduc de Chaumont, Clémence, étudiante en licence professionnelle, commence chacun de ses projets armée de crayons, d’encre et de gouache. Pour capter la lumière, le brouillard ou la météo particulière du site, la présence physique et la sensibilité humaine restent irremplaçables. L’outil numérique n’intervient qu’en fin de parcours, pour un gain de temps ciblé, sans se substituer au dessin initial.
Le reportage donne également la parole à Jean-Michel Géridan, directeur du Signe – Centre national du graphisme, qui rappelle une analogie historique pertinente. Au XIXᵉ siècle, l’apparition de l’affiche imprimée à grande échelle dans les rues de Paris était perçue par beaucoup comme une « nuisance visuelle » avant d’être reconnue comme un art majeur.
Les collections conservées à Chaumont, de la donation Gustave Dutailly aux 45 000 affiches contemporaines du Signe, témoignent que chaque évolution technique a bousculé les codes visuels de son époque.
Si l’intelligence artificielle représente un gain de temps indéniable pour la création rapide, son usage en tant que produit fini interroge la valeur accordée à la création locale. À Chaumont, ville symbole du design graphique et lieu de formation de futurs professionnels, le débat dépasse la simple querelle d’outils : il s’agit de décider si la communication visuelle de demain doit céder au tout-virtuel ou continuer d’accorder une place essentielle au regard, à la matière et à la sensibilité humaine.

Fondateur et éditeur de Chaumont City, je conçois ce média indépendant comme un espace de découverte et de lien social. En tant que consultant digital et activateur France Num, j'accompagne également les associations et entreprises dans la création de leurs outils web et le développement de leur visibilité en ligne. En savoir plus