Municipales : Une gauche « sans boussole » ? La tribune cinglante d’Assigné·es à Résistance

Alors que la campagne des municipales s’accélère à Chaumont avec l’annonce récente de la liste « Bâtir l’avenir » et le retrait de Richard Vaillant, le débat s’intensifie à gauche. Le collectif « Assigné·es à Résistance Haute-Marne » nous a fait parvenir une tribune dans laquelle il exprime ses vives inquiétudes sur la recomposition politique en cours. Voici leur tribune dans son intégralité. Image d’illustration.

Chaumont, le 10 décembre 2025

La gauche jaunie laisse un vide ; Assignées à Résistance, dans la continuité du travail amorcé avec Richard Vaillant, affirme l’urgence d’une gauche authentique.

À la suite des informations publiées dans L’Affranchi (l’annonce de la liste « Bâtir l’avenir » et le retrait de Richard Vaillant), il nous semble nécessaire d’apporter quelques clarifications. Car c’est bien l’avenir de la gauche chaumontaise qui se trouve aujourd’hui interrogé.

Une « gauche » si improbable qu’elle n’ose même plus dire son nom

Il fallait oser : rassembler, sous un vernis de « valeurs de gauche sans étiquette », un attelage aussi improbable que disparate. À Chaumont, les mêmes qui se disent unis pour « réveiller la ville » sont, à l’Assemblée nationale, pour le moins divisés. Le PS n’hésite pas à se rallier à Macron en votant le PLFSS, tandis que les écologistes préfèrent s’abstenir ou ne pas siéger. Quant au groupe GDR, auquel appartiennent les députés communistes, il a voté très majoritairement contre… mais non sans quelques dissonances, entre un vote favorable, plusieurs abstentions et un absent.

Alors, que penser d’une alliance qui s’affiche soudée localement, alors qu’elle peine, nationalement, à s’accorder sur la défense la plus élémentaire de notre modèle social ? L’interrogation est d’autant plus fondée que cette alliance de façade masque également d’autres contradictions profondes : elle rassemble des pro-nucléaires et des anti-nucléaires, comme si cette opposition structurante pouvait être balayée d’un revers de main dès lors qu’il s’agit de compléter une liste municipale. Et que dire du grand écart idéologique entre supranationaux atlantistes et sociaux-patriotes qu’on tente de faire rentrer dans le même costume municipal ? À force de vouloir concilier l’inconciliable, on finit par fabriquer un assemblage politique sans colonne vertébrale.

Honteux d’exposer de telles incohérences, les promoteurs de « Bâtir l’avenir » n’osent même plus assumer l’appellation « gauche ». Ils la dissimulent derrière un jaune éclatant, couleur historiquement associée aux syndicats de complaisance patronale. Un choix lourd de symboles : quand on renonce à la clarté idéologique, on finit involontairement par adopter les couleurs de ceux auxquels on prétend s’opposer.

Et que dire de leur mesure phare, annoncée avec grandiloquence : un centre municipal de santé, alors qu’ils viennent, par leur attitude, de cautionner un PLFSS qui prévoit à nouveau des coupes drastiques dans le budget de l’hôpital public. Les chaumontais-es seraient en droit de se demander si l’on ne rejoue pas ici une scène du film Docteur Jekyll et Mister Hyde. Les chaumontais-es méritent aussi un peu plus de sérieux dans les propositions. Affirmer qu’on pourra résoudre la désertification médicale avec 250 000 €, c’est confondre volontarisme et incantation. Ce n’est plus un projet : c’est un slogan, une rustine présentée comme une solution miracle.

À cela s’ajoute une tentative de récupération politique à laquelle nous ne pouvons rester silencieux. Voilà que Monsieur White se découvre soudain une fibre internationaliste en attaquant la municipalité sur son manque supposé de soutien à la cause palestinienne. Belle indignation, mais tardive : ni à la ronde du samedi, ni dans les mobilisations locales, ni au sein des associations engagées comme PLHM, on n’a croisé sa silhouette ni entendu sa voix. Comment appeler cela autrement que de l’opportunisme poli, une volonté de capter une émotion populaire plutôt que de la porter réellement ?

Cette « gauche sans étiquette » ressemble de plus en plus à une gauche sans boussole. Et une gauche sans boussole n’ouvre aucune voie : elle tourne en rond. Mais si cette liste composite peine à convaincre, ce n’est pas une raison pour renoncer au combat. L’abstention politique n’a jamais fait progresser aucune cause. C’est pourquoi il nous faut revenir sur une seconde information publiée par L’Affranchi : le retrait annoncé de Richard Vaillant.

Après le retrait de Richard Vaillant : continuer le travail engagé

Nous tenons d’abord à rappeler que nous étions aux côtés de Richard Vaillant lorsqu’il a entrepris d’ouvrir un espace réellement ancré à gauche dans cette campagne municipale. Et nous y restons. Car laisser le champ libre à ceux qui, comme jadis Emmanuel Macron, se réclament du « ni droite ni gauche » serait une faute politique majeure. C’est précisément cette doctrine du flou, du refus d’assumer un camp, qui a pavé la route à l’autoritarisme macronien et nous conduit aujourd’hui, à grande vitesse, vers un basculement inquiétant où l’extrême droite apparaît normalisée. Face à une telle menace, défendre un positionnement clair, de rupture, anticapitaliste et populaire n’est plus une option, c’est une nécessité historique.

C’est dans cet esprit que nous avons accueilli avec surprise, et oui, avec une certaine déception, l’annonce du retrait de Richard Vaillant, publiée dans la presse avant même que les personnes engagées à ses côtés n’en soient informées. Ce choix lui appartient et nous le respectons, mais il soulève naturellement des interrogations, au regard du travail amorcé ensemble.

Les faits sont simples : après une première réunion constructive ayant permis de poser les bases d’une liste vraiment ancrée à gauche, une seconde rencontre devait permettre d’examiner les premières propositions. Afin d’alimenter cette discussion, nous avions présenté une trame programmatique et une méthode de travail inspirées du kit argumentaire de la France insoumise, une orientation cohérente avec la volonté exprimée par Richard Vaillant de ne laisser « aucune partie de la gauche » à l’écart. Cette trame constituait un point d’appui possible, parmi d’autres, pour structurer l’alternative que nous voulions bâtir collectivement.

La séance n’a pas permis d’avancées décisives, ce qui peut arriver dans tout processus de construction politique. Un petit groupe s’est alors mis au travail pour préparer la suite et nous avons, à deux reprises, sollicité Richard Vaillant afin de connaître ses intentions et de poursuivre l’échange. Ces sollicitations sont restées sans réponse, et nous apprenons aujourd’hui sa décision de se retirer. Nous en prenons acte, sans amertume, mais avec la conviction que ce travail aurait mérité d’être poursuivi.

Pour autant, nous ne fermons aucune porte. La démarche initiée demeure pertinente et utile pour Chaumont. Si Richard Vaillant souhaite, demain, revenir contribuer à cette dynamique, il y sera évidemment le bienvenu… tout comme toute personne désireuse de participer à la construction d’une véritable alternative de gauche. Le combat politique qui s’ouvre dépasse les trajectoires individuelles il nous concerne toutes et tous, et nécessite davantage de constance que de résignation.

C’est précisément ce contexte qui nous oblige. À l’heure où certains fabriquent des listes inconsistantes et où d’autres se retirent trop rapidement, il revient à celles et ceux qui croient à une gauche de rupture, cohérente, assumée et combative de maintenir le cap. Non pas une gauche de façade ou de salon, mais une gauche qui refuse le glissement vers la banalisation de l’extrême droite, qui combat réellement le capitalisme et qui construit, pierre après pierre, une alternative populaire à Chaumont.

Nous continuerons. Parce que renoncer, aujourd’hui, serait laisser la ville s’endormir pour de bon.

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Assigné·es à Résistance Haute-Marne

Assigné·es à Résistance Haute-Marne

Le collectif lutte contre le libéralisme, l’autoritarisme et la destruction environnementale. Il promeut la justice sociale, la bienveillance et l’amour, défend la sécurité sociale et les services publics, et soutient la démocratie participative. Il vise ainsi à favoriser la convergence des luttes sociales.

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