Sekandar Zaman, D’Afghanistan à France, résiliente histoire contre adversité

En janvier 2020,  Sekandar Zaman fuit la menace de mort de terroriste de Daech, depuis son village natal en Afghanistan. Pendant plusieurs mois, il traverse quelques pays d’Asie et d’Europe, pour venir en France, à Chaumont. Ce qui n’est pas sans danger. Passé le voyage pour survivre, il se bat pour obtenir la protection de l’Hexagone, à laquelle il accède en 2022. Aujourd’hui, le jeune homme, âgé de 33 ans, est bien intégré, travaillant comme mécanicien et gérant une épicerie à Chaumont. Aujourd’hui, il ne lui reste plus que deux combats : obtenir la nationalité française et permettre à sa famille de trouver refuge en France. 

À eux seuls, ses yeux clairs respirent une grande résilience. Des épreuves difficiles, pourtant, Sekandar Zaman, aujourd’hui âgé de 33 ans, en a connues et vécues beaucoup. Dans son pays natal, en Afghanistan, dans l’Hexagone, où il vit désormais, et dans les États par lesquels il est passé, durant son dur et long périple. Son histoire, elle, à une date marquante : janvier 2020. Plus d’un an avant la reprise du pays par les Talibans.

Paisibilité brisée

Sekandar réside alors dans un district de la province de Nangarhar, près de la frontière avec le Pakistan, quand son quotidien bascule. Il vit, alors, heureux chez sa famille, sa mère, son père, Lik Zaman, agriculteur, son frère et ses deux sœurs, il gère un garage et répare les véhicules des forces de l’ordre. Un après-midi de début d’année, il reçoit la visite inopinée de talibans sur son lieu de travail. Ces derniers lui demandent de récolter des informations sur la police, sous peine d’être inquiété. Fidèle à son intégrité, il refuse, au grand mécontentement des terroristes. La messe est dite, le jeune entrepreneur en subira les conséquences. 

L’Afghanistan, un territoire coupé en quatre : Avant une reprise en août 2021, par les Talibans, l’Afghanistan a été sous le joug de Daech, de Mangal Bach (leader du mouvement terroriste Lashkar-e-Islam, NDLR) et des Talibans, justement; Dans ce contexte, l’État a, à l’époque, instauré un couvre-feu, empêchant les habitants de sortir, sous peine d’être considérés comme des terroristes. 

Dès qu’il regagne la maison familiale, le soir même, Sekandar rapporte ce qu’il s’est passé à son père. Ce dernier décide de solliciter le chef du village, le lendemain, pour arranger la situation. Ce qui n’arrivera pas… Vers 23h, des talibans toquent à la porte de son domicile, sans s’annoncer. Le motif : ils savent que Zaman est ici et veulent le voir sur le champ, au risque de forcer la porte d’entrée. Pris de panique, le jeune garagiste s’enfuit par l’arrière de la maison, sans affaires, chaussures et téléphone. il court sur dix kilomètres, chez le chef du village, sans regarder derrière lui… car il ne reviendra jamais. 

Départ obligé

À peine arrivé chez le chef du village, pour demander de l’aide, Sekandar est obligé de partir afin de ne pas le mettre en danger. Non loin, il prend un taxi pour se rendre chez sa tante et y reste pendant deux jours. Sur place, le jeune entrepreneur apprend une nouvelle glaçante : son père a été tué par des mercenaires de Daech. Dès lors, il réalise qu’il doit quitter l’Afghanistan pour ne pas mettre sa famille en danger. C’est le début d’un voyage de dix longs mois… vers la France. 

Par l’intermédiaire de passeurs, Sekandar se rend, dans un premier temps, jusqu’en Turquie. Ce périple lui coûte plus de 1300 euros et dure deux mois. En chemin, le jeune homme passe par l’Iran, où il y reste pendant une quinzaine de jours. « Je dormais [au beau milieu] des vaches », confie-t-il. Le dernier soir passé dans le pays musulman, un nouveau passeur vient les chercher et les déposent la frontières… vers la Turquie. Mais, le chemin ne le laissera pas indemne, physiquement parlant. 

Aux portes de l’Europe

En Turquie, Sekandar se retrouve sans argent. Il est, alors, obligé de travailler comme mécanicien, à Istanbul, pendant plus de six mois, afin de récolter une importante somme d’argent (6-7 000 euros, précisément) pour la suite de son trajet  Dès qu’il l’obtient, il poursuit son périple, non sans danger… Vers l’Europe de l’Est. 

Déposé par un passeur près de la frontière, Sekandar court pour sa survie, en direction de la Bulgarie, est blessé en chemin. Lorsqu’il atteint l’autre côté, des voleurs le dépouillent d’une partie de son argent, il reste plusieurs jours en pleine forêt. Arrivé en ville, il est arrêté par des forces de l’ordre, est mis en quarantaine, Covid-19 oblige. « On n’avait pas le droit de voyager et de travailler », déplore-t-il. Du moins, jusqu’à l’aide de policiers allemands… 

France, terre de son asile

Sorti de quarantaine, Sekandar poursuit son périple. Grâce à des passeurs, il se rend respectivement en Serbie, en Roumanie et en Suisse. En novembre 2020, enfin, le jeune homme arrive en France, pays qu’il connaissait grâce à son travail en Afghanistan. A Reims, précisément. Sur place, il enchaîne les appels au samu social pour obtenir un hébergement, dort dans un parc, près de la gare, toutes les nuits, débute sa demande d’asile. Environ deux mois plus tard, une solution d’accueil lui est trouvée… à Chaumont. 

À la gare du chef-lieu haut-marnais, le 24 décembre 2020, Zaman est accueilli par une travailleuse sociale de France Terre d’Asile, Mélanie. Rapidement, il obtient un logement en HUDA (hébergement d’urgence pour demandeur d’asile), parfait son français, qu’il apprenait déjà à Reims, est bénévole aux restos du cœur, rédige son récit de vie. Début 2022, enfin, le jeune homme passe son entretien de demande d’asile, obtient rapidement un avis favorable et une protection de la France, la même année, en septembre. 

Un après, fait d’acquis et d’objectifs : Depuis l’obtention de son titre de séjour, en 2022, Sekandar travaille comme mécanicien en CDI. En 2025, le jeune homme décide, avec une amie (qui, par ailleurs, l’avait aidé dans ses démarches de demande d’asile, NDLR), d’ouvrir une épicerie à Chaumont. À ce jour, l’entrepreneur envisage de demander la nationalité française et se mobilise pour permettre à sa famille de venir en France.

Al’ Warnet

Al’ Warnet

Al’ Warnet est journaliste et contributeur régulier à Chaumont City. À travers ses articles, Al’ met en lumière les visages, les parcours et les histoires qui façonnent la ville. Sa plume sensible et engagée apporte un regard singulier sur la vie locale.

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Huet Olivier

Bel article, Al ! Bravo a notre ami Sekandar qui n'a pas manqué de courage et Bravo a La France, à Chaumont et aux belles qui y résident.

Frisoni

Bravo pour l 'article et pour Monsieur Sekandar !
Parfois je me dis que ce genre de récit devrait être encore plus médiatisé pour faire comprendre aux gens qui vivent ici ce que ces réfugiés ont traversé, pourquoi ils ont fait tout ce chemin jusqu'à nous et combien ils apportent d'énergie à notre pays !