
Mercredi 20 mai, Michel Fugain va donner son premier concert, promotionnel de son dernier album “La vie, l’amour, etc.” haut-marnais à Palestra. Pendant plus de deux heures, l’artiste entend passer des mots à son public, autant que passer une bonne soirée avec ce dernier. A l’image d’un spectacle qu’il a toujours donné, au fil des temps, regardant le monde comme un flash mob et l’analysant, pour le meilleur et pour le pire. Sans jamais parler au simple “je”.
Depuis sa naissance en pleine Seconde Guerre mondiale, en 1942, Michel Fugain n’a cessé d’avoir les yeux ouverts sur le monde qui l’entoure. Qu’il voit comme un immense flash mob, quand ce n’est pas une commedia dell’arte.. De concert (milieu qu’il fréquente pendant ses tournées), il y va de son commentaire. Sur une majorité silencieuse de Mai 68, devenue ensuite des publicitaires de la classe moyenne, sinon sur une chute du mur de Berlin (et un éclatement du bloc soviétique) alors que tout paraissait réglé.
Dans l’intégralité de son répertoire musical, Michel Fugain est un passeur de mots, envoyant des messages simples et engagés. “Les rues de la grande ville”, “Bravo Monsieur le monde”, “On va”, “Le chiffon rouge”, “Joe, dis-moi c’que t’en penses”, “Chaque jour de plus”; “2000 ans et un jour”, “Ceux qui s’aiment” ou “Paris”, pour quelques titres. Certains en solo, d’autres avec des membres du Big bazar, comme Brigitte Boisjoli, Roger Candy, Marc-Antoine Larche et Christiane Mouron.
Sur scène, terrain de son spectacle vivant (tel qu’il le considère), Michel Fugain rassemble autour d’une soirée passée tous ensemble, des sujets qui font du bien. Et, ce sera chose prévue à Palestra Arena, à Chaumont, mercredi 20 mai, dès 20h30, comme précédemment à Québec, pendant 2h15. En interview depuis Paris, avant sa venue dans la ville haut-marnaise, il privilégierait le double “je” plus que la simple première personne, n’aimant pas ramener la conversation à lui-même.

Vous avez 84 ans. A quel point êtes-vous encore jeune, Michel Fugain ?
Ce n’est pas une question d’âge. Arlequin, de la Commedia dell’arte, est un être physique. Son dernier interprète (du personnage) avait 95 ans quand il est mort. La veille, il était encore sur scène. Tout ça pour dire qu’on n’a pas d’âge. Et, si on en a un, c’est qu’on n’est pas fait pour (le spectacle).
« Les sorties de bureau, c’est un ballet » (Michel Fugain)
Sur le théâtre populaire italien du XVIe siècle, justement; la vie est-elle une commedia dell’arte, en a-t-elle les personnages ?
Absolument. Les personnages de la commedia dell’arte sont des archétypes qui représentent forcément quelqu’un dans la société, bien qu’ils n’en aient pas l’habit et le nom. Un Polichinelle ou un Pierrot, par exemple. Si vous essayez de voir plus loin que le bout de votre nez, alors la vie, qui est une pièce (de théâtre) devient passionnante. Et, ça va encore plus loin…
Plus loin ?
Oui. J’expliquais, l’autre jour, que la planète est un immense flash mob, et ce n’est pas une question de mode. On mange tous, à peu près, à la même heure, on se déplace. Regardez les sorties de bureau, on a l’impression que c’est un ballet. Il faut avoir un peu de recul, d’imagination, il faut avoir une vision poétique de la chose. Ça m’intéresse d’arriver à la conclusion que la planète est un immense flash mob.
« L’être humain est un animal qui m’a toujours fasciné. » (Michel Fugain)
Dans ce monde, justement, vous y êtes né en 1942 et avez connu beaucoup de périodes et événements. Les trente glorieuses, Mai 68, la radio libre, la chute du mur de Berlin, le boom de l’an 2000, #Metoo. Quelle est la meilleure période, pour vous ?
C’est très difficile d’y répondre. Toutes les périodes sont intéressantes quand on est créateur, parce qu’elles correspondent à des moments où on marque toujours avec ce qu’on est en train de faire ou de préparer. Et, je les ai traversées avec curiosité et gourmandise. Aujourd’hui, j’en suis arrivé là, dans une des pires périodes…
Dans “une des pires périodes” ?
Oui. Le monde est extrêmement commerçant, fonctionne sur ce principe. On n’a qu’à voir l’espèce de cuisine abominable, au Moyen-Orient et en Iran que fait Donald Trump, une caricature de nos sociétés. Dans tout ça, l’être humain est en danger et très seul.
Justement, l’humain, venons-y. Dans votre univers musical, il occupe une bonne place. Pourquoi vous intéresse-t-il autant ?
L’être humain est un animal qui m’a toujours fasciné. J’en connais l’histoire, qui m’intéresse encore.
Et, c’est pour eux que vous faites des chansons ?
Oui. C’est notre rôle, en tant qu’artiste. Nous sommes là pour divertir ‘une meute’, la faire vibrer, lui procurer des émotions. Dans une période où on déshumanise et où on isole volontiers, je persiste à croire et à dire que le spectacle vivant, que je connais bien, reste un des derniers remparts.
« L’artiste n’est pas simplement un chanteur, mais aussi un être qui parle et établit un dialogue. » (Michel Fugain)
Et, un moyen de lutter et de se mobiliser ?
La chanson, ce n’est pas que de la musique, c’est une intention, des mots qui disent quelque chose, un message simple, qui restent en tête. Les gens s’y attachent comme à des vers particuliers, voire à ce que d’autres appelleront des punchlines.
L’ensemble des chansons, qui constitue un spectacle, raconte une (des) histoire(s) strictement humaines. C’est un moment de partage, une soirée qu’on passe ensemble. L’artiste, lui, n’est pas simplement un chanteur, mais aussi un être qui parle et établit un dialogue.
Un être qui parle, qui arrive à rassembler, à rendre accessible…
Oui. Bien sûr. J’ai 60 ans de métier et une technique qui va avec, en particulier au micro. Tout ça, je l’ai appris au fil du temps, beaucoup dans le big bazar, il y a 50 ans, incontestablement.
Venons-en au spectacle, qui a lieu mercredi 20 mai, dès 20h30, Vous allez y interpréter des chansons de votre dernier album, “La vie, l’amour, etc.”. Dans ce dernier, quel titre vous représente le plus ?
Aucune chanson n’est, plus qu’une autre, un reflet de ma personnalité. Elles sont toutes une facette de moi, ce sont des petits morceaux de moi, du mec qui a fait l’album. Il y a des chansons qui prennent des positions, sociétales, écologiques, politiques.
Crédit photos : Ingrid Mareski

Al’ Warnet est journaliste et contributeur régulier à Chaumont City. À travers ses articles, Al’ met en lumière les visages, les parcours et les histoires qui façonnent la ville. Sa plume sensible et engagée apporte un regard singulier sur la vie locale.