La dopamine : maître de nos envies ou piège invisible ?

Mercredi 28 janvier 2026, lors du concours d’éloquence qui s’est tenu à Chaumont, plusieurs candidats se sont succédé pour partager leur vision du monde. Parmi eux, Lena Elmadani, la première concurrente à s’élancer, a marqué les esprits avec une intervention dédiée à une molécule qui gouverne nos quotidiens : la dopamine. Chaumont City publie ici l’intégralité de son texte.


Qui d’entre vous a déjà désinstallé une application en se disant qu’il avait besoin d’une « pause » ? Mais pour ensuite la retélécharger deux jours plus tard ?

Imaginez votre cerveau. Invisible. Silencieux. Et pourtant, c’est lui le patron. Chaque sourire, chaque envie, chaque petit plaisir que vous ressentez… est contrôlé par le cerveau. Et ce patron, comme presque tous les patrons, a une assistante personnelle. C’est une toute petite molécule. Cette molécule, chers dames et messieurs, est appelée la dopamine.

Alors, qu’est-ce que cette dopamine ? Un mot que l’on entend souvent maintenant sans réellement savoir ce que c’est. C’est tout simplement le carburant de nos envies. C’est elle qui nous pousse à bouger. À créer. À apprendre. À avancer. Sans elle, honnêtement, même une glace au chocolat devient insipide. Et si une glace au chocolat paraît fade… c’est que quelque chose va vraiment mal.

À chaque fois que vous réussissez quelque chose, que vous découvrez quelque chose de nouveau ou que vous ressentez cette petite fierté intérieure, c’est la dopamine qui s’active. Elle dit à votre cerveau : « Vas-y ! Recommence ! Tu gères ! »

Contrairement à ce qu’on croit, la dopamine n’est pas seulement du plaisir. C’est aussi la molécule de la concentration, de la mémoire et de la persévérance. Sans dopamine, l’homme n’a pas d’envie, pas d’énergie, pas de projets. Le monde serait gris. Silencieux. Vide. Un peu comme un épisode de série sans musique dramatique : il manque quelque chose.

Le piège de la surconsommation

Mais attention, la dopamine peut être incroyable, mais elle peut aussi être dangereuse. C’est un peu comme le Nutella : génial quand on dose bien, mais catastrophique quand on vide le pot.

Quand il y en a trop, elle peut nous rendre accro. À un jeu. À une série. À notre téléphone. Ou encore à cette fameuse application : TikTok. Oui, TikTok. Le scroll à l’infini. Les vidéos courtes qui s’enchaînent, les sons qui restent dans la tête pendant trois jours. Chaque nouvelle vidéo donne un petit plaisir immédiat, nous recevons une petite dose de dopamine par vidéo.

On se dit : je regarde « juste une vidéo de plus »… puis une autre… puis encore une autre, jusqu’à perdre la notion du temps. Et il y a ceux qui finalement se demandent : « Attends… pourquoi je regarde une vieille dame imiter les trends populaires par exemple ? En quoi cela va m’aider dans mon futur ou dans la vie tout court ? »

Mais ceux qui se posent la question sont rares, parce que tous les autres sont tombés dans le piège. L’intention d’une telle application n’est que de nous voler du temps. Patrick Le Lay disait : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ». Les grandes marques (Adidas, Nike, Temu, Shein ou encore Coca-Cola) payent les applications pour des publicités contre notre attention. Et oui, il faut savoir qu’on est passé de l’ère industrielle à l’ère de l’attention.

Quand la machine s’enraye

En revanche, quand il y a très peu de dopamine : on perd l’envie. On se sent triste. Fatigué. Sans motivation. On n’avance plus. On ne crée plus. Cette petite molécule peut décider de notre humeur, de nos choix, de notre vie.

La dopamine est partout dans notre quotidien. Elle nous fait lever le matin. Elle nous pousse à étudier pour réussir. Elle nous motive à répéter, encore et encore, pour progresser. Chaque petit plaisir, chaque victoire… chaque action dont on est fier, porte sa signature.

Et le plus fascinant encore, c’est que nous pouvons apprendre à l’écouter. À la comprendre. À la guider. Nous pouvons choisir ce qui nous fait avancer, et devenir les maîtres de nos envies, au lieu de nous laisser traîner n’importe où comme un GPS en panne.

Pour vous montrer la puissance de cette molécule, je donne un exemple. Scientifique. Très connu, et dynamique ! Des chercheurs britanniques, dans les années 1970, ont fait une expérience sur une souris de laboratoire. Ils ont mis des électrodes dans le cerveau de la souris et l’ont placée dans une boîte équipée d’un levier. À chaque fois que la souris appuyait sur ce levier, elle recevait de la dopamine, donc du plaisir.

Que faisait la souris ? Elle appuyait sur le levier… encore et encore, et encore, jusqu’à mettre de côté tous ses besoins vitaux comme boire, manger et même dormir. Elle oubliait absolument tout, elle ne voulait qu’une seule chose : appuyer sur le bouton et recevoir ce plaisir. Bien sûr, les chercheurs ont dû la sortir à un moment donné, sinon elle allait finir par mourir.

Reprendre le contrôle

Mais ne nous laissons pas arriver jusque-là. J’ai beaucoup parlé et maintenant la grande question : comment contrôler sa dopamine ?

Tout d’abord, on remet un peu de difficulté dans ce qui nous attire trop facilement. On coupe les notifications, on éloigne le téléphone quand on doit travailler. Ce n’est pas supprimer le plaisir, mais le remettre à sa place.

Ensuite, on installe une routine très claire : des moments pour bosser, des moments pour s’amuser, des moments pour se reposer. Le cerveau aime savoir quand il doit se concentrer.

Puis, on choisit des sources de dopamine plus lentes : apprendre, créer, faire du sport, avancer vers un objectif. Ces actions construisent quelque chose, au lieu de nous voler notre temps.

Et surtout, on fait de vraies pauses. Pas du scroll. Chaque scroll ressort en nous une émotion particulière, ce qui active notre dopamine. Il faut donc des pauses qui nous aident vraiment à souffler. C’est laisser la dopamine redescendre pour mieux remonter ensuite.

Et souvenez-vous : contrairement à une souris qui ne peut que subir, vous pouvez décider si TikTok ou une autre stimulation rapide prend le contrôle… ou choisir ce qui vous rend vraiment vivant.

Lena Elmadani

Lena Elmadani

Originaire d’Égypte, Lena Elmadani réside à Chaumont. Passionnée par les mécanismes de l’empathie et la communication, elle s’intéresse particulièrement à l’art de capter l’attention d’un public.

  • lenamadani95@gmail.com