Corgebin et propriétaire d’hier : Louis-François Lamirault

Illustre inconnu, oublié de l’histoire de Chaumont, Louis-François de Lamirault l’a décidément été. Parce que commandeur de l’Ordre de Malte, parce qu’élu (au suffrage censitaire) lié à l’Ancien Régime. Et pourtant, ce personnage historique a laissé un héritage, à l’actuelle ville chef-lieu, comme à ses descendants (presque) directs. 

Par Al’ Warnet

Illustre (dernier) commandeur, il l’a incarné par son titre de noblesse. Inconnu élu politique, il l’est tout autant. Louis-François de Lamirault, de son nom complet, naît en avril 1743, à Thiérache, dans un domaine possédé par sa famille depuis un siècle. Jusqu’à ses seize ans, il réside dans le lieu familial, avec ses parents, Jean-Baptiste de Lamirault et Elisabeth Suzanne de Lancry de Pronleroy et, mais aussi ses six frères et sœurs, Anne-Louise, Jean-Baptiste Jr, Josias et Joseph-Henri. Sans héritage, le frère ayant tout obtenu, le jeune noble (de l’époque) décide d’intégrer l’Ordre de Malte, le service militaire n’étant pas, pour lui, une option envisageable. 

Après quelques années passées au service royal, de 1759 à 1768, Louis-François de Lamirault rejoint les rangs de l’ordre de Malte. Ses qualités, comme ses prouesses, lui permettent de gravir rapidement les échelons. En décembre 1774, il est nommé capitaine de l’une des quatre galères de l’institution religieuse, La Magistrale. Puis, suivant la mort du grand maître de l’Ordre de Malte, la succession fortuite d’un proche de son parrain fait qu’il intègre le haute cercle des privilégiés. Opportunité qui lui permettra de s’installer à la commanderie de Thors en 1775, puis à celle du Corgebin, trois ans plus tard. 

De la commanderie à la politique 

Jusqu’aux premières années de la Révolution française, Louis-François réside très peu au domaine du Corgebin. Loin du lieu, alors en ruines, il préfère fréquenter un hôtel particulier à Chaumont, situé dans l’actuelle rue Gilbert-Dufour. Durant ses années de résidence dans la ville, il décide néanmoins de redonner vie au domaine qu’il a quitté. Sur la base des caves anciennes (le reste ayant été détruit), le commandeur construit l’ensemble du château (que l’on connaît actuellement), sa cuisine, ses espaces de vie, ses chambres à coucher et son grenier. Le chantier se terminera en 1792.

Lorsque la Révolution française rebat les cartes, la monarchie constitutionnelle lui permet de devenir maire de Chaumont, élu au suffrage censitaire en 1790. Louis-François de Ramirault quitte la rue Gilbert-Dufour pour s’installer à l’hôtel de ville. Toutefois, son appartenance à l’Ordre de Malte, attachée à l’Ancien Régime, impacte l’exercice de son mandat politique, les commandeurs étant rapidement de toute fonction élective. Deux ans plus tard, il est donc contraint de démissionner de son poste, à cause du climat lié à la Terreur. Dès lors, le politicien déchu revient dans ses terres du Corgebin. 

Une fin de vie précipitée

En 1792, Louis-François de Lamirault se réinstalle donc au château du Corgebin, bien public qu’il rachète quatre ans plus tard. Cette fois-ci avec sa femme Justine-Françoise de Civalart (avec qui il se marie en 1800), et ses deux enfants, Antoinette-Clémentine et Charles-Louis. Les soucis de santé arrivant, il vit difficilement ses dernières années et meurt à 64 ans, en septembre 1807, après une attaque cardiaque. Le dernier commandeur, ce qu’il est surtout, sera enterré au cimetière de Brottes (la tombe s’y trouve toujours aujourd’hui). A ce jour, à l’exception peut-être d’un sceau-portrait, aucune image ne permet de l’identifier clairement.

Al’ Warnet

Al’ Warnet

Al’ Warnet est journaliste et contributeur régulier à Chaumont City. À travers ses articles, Al’ met en lumière les visages, les parcours et les histoires qui façonnent la ville. Sa plume sensible et engagée apporte un regard singulier sur la vie locale.

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