
Dans le cadre du débat entourant les élections municipales de 2026 à Chaumont, le collectif « Assigné·es à Résistance Haute-Marne » a transmis une tribune à la presse locale. Ce texte réagit à la réunion publique d’Antoine Desfretier ce mardi 4 novembre 2025.
Nous publions ce communiqué dans son intégralité :
Après la réunion publique: ne confondons pas sentiment et réalité pour une politique de sécurité fondée sur la prévention
À Chaumont, Antoine Desfretier, candidat aux municipales 2026, prétend répondre au « sentiment d’insécurité » en multipliant les caméras et les uniformes. Pour le collectif Assigné-es à Résistance, c’est une fuite en avant: on ne combat pas le Rassemblement National en courant derrière ses idées. La vraie sécurité, c’est celle qui protège les vies – socialement, écologiquement et démocratiquement.
Ce mardi par Antoine Desfretier, candidat aux élections municipales de mars 2026, la question de la « sécurité » a été placée au cœur du débat. Devant une cinquantaine de personnes (dont beaucoup semblaient déjà acquises à sa cause), le candidat a justifié l’augmentation des effectifs de police municipale et le déploiement de la « vidéo-protection » par la prévalence d’un sentiment d’insécurité. Il a même parlé, par erreur, de « vidéo-surveillance » – lapsus révélateur de la nature policière et coercitive de sa proposition.
Nous ne nions pas la réalité du malaise que peuvent ressentir certains habitants. Mais confondre sentiment et faits, et fonder des décisions publiques lourdes (en effectifs, caméras et budgets) sur ce seul critère, relève d’une dangereuse erreur politique et pratique.
Des faits têtus: pas d’explosion de l’insécurité à Chaumont
À Chaumont, les données locales ne justifient en rien un tel emballement sécuritaire. Les chiffres disponibles montrent une tendance globale à la baisse du nombre d’affaires par rapport aux années précédentes: 745 affaires enregistrées en 2024, soit environ deux par jour, un niveau globalement inférieur à celui des villes de même strate de population. Et l’écrasante majorité relève de la compétence de la police nationale, non de la police municipale.
Autrement dit, il n’y a pas de flambée d’insécurité, mais une rhétorique alarmiste entretenue autour d’un « sentiment » dont la réalité statistique ne suit pas.
Une politique sans base solide… ni financement clair.
Pire encore, aucune garantie financière sérieuse n’accompagne ces annonces. Le candidat ne peut garantir que les aides extérieures couvriront les 50% de subventions espérées, laissant dans le meilleur des cas, 50% du coût à la charge de la collectivité. S’y ajoutent:
- une masse salariale récurrente estimée à environ 240 000 € par an;
- des dépenses de maintenance et de fonctionnement importantes et inflationnistes;
- et un investissement initial lourd dont le « reste à charge » se fera au détriment d’autres politiques locales.
Autrement dit, on engage des dépenses durables pour traiter un problème mal défini, avec un argent public de plus en plus rare – d’autant plus rare que l’on se refuse obstinément à taxer les plus riches.
Confondre peur et politique, c’est nourrir la défiance
Agir sur le « sentiment » d’insécurité sans s’attaquer à ses causes réelles, c’est produire trois dégâts certains:
1. on gaspille des fonds publics dans des dispositifs coûteux et peu efficaces;
2. on alimente la stigmatisation et le repli, en désignant des boucs émissaires au lieu de renforcer la solidarité;
3. on néglige les politiques de prévention, qui seules réduisent durablement les risques du quotidien.Les études sont claires: les caméras peuvent avoir un effet localisé et ponctuel, notamment pour les vols sur parkings, mais elles ne constituent ni une solution globale, ni un remède au sentiment d’insécurité. Leur impact sur la peur est souvent neutre, voire contre-productif.
Prévenir plutôt que surveiller: des priorités locales concrètes
Si l’on veut réellement protéger les habitant·es (et pas seulement donner l’illusion d’agir), il faut investir dans des politiques de prévention et de solidarité:
- Sécurité routière et mobilités apaisées aménagements pour protéger piétons et cyclistes (zones 30, pistes sécurisées). On a infiniment plus de risques d’être blessé sur la route que d’être cambriolé.
- Protection des enfants sécuriser les abords des écoles, renforcer la présence d’agents de surveillance scolaire.
- Protection des personnes âgées: adapter l’espace public au vieillissement, prévenir les arnaques téléphoniques ou en ligne.
- Prévention éducative: éducateurs, médiateurs, accompagnement des jeunes pour éviter les ruptures et les conduites à risque.
- Renforcement des services publics: santé, logement, insertion, transports – les vrais remparts contre la précarité et la peur.
Reprendre la main sur le discours de la peur
Poursuivre la course aux effectifs et aux caméras pour « apaiser le sentiment » d’insécurité, c’est oublier que la sécurité se construit par la prévention, le soin et la justice sociale. Et vouloir « rattraper » l’extrême droite sur son terrain, c’est lui donner raison: on ne gagne pas un débat sur la peur en se mettant à la remorque de la peur.
Nous faisons un autre choix, celui d’une sécurité du quotidien, qui protège les vies et non les apparences, qui construit la confiance plutôt que la surveillance.
Pour une cohérence politique et une responsabilité publique
Pour le collectif Assigné-es à Résistance, la discussion reste ouverte. Il ne s’agit pas d’opposer police et prévention de manière manichéenne, mais de poser une exigence simple que l’argent public serve d’abord à réduire les risques réels et à améliorer la vie quotidienne. Là sont la cohérence et la responsabilité politiques.
Enfin, nous appelons les Chaumontais·es à regarder au-delà du « sentiment » informez-vous, comparez les faits, interrogez les priorités budgétaires. À Chaumont, choisir de construire plutôt que surveiller, de prévenir plutôt que punir, c’est défendre une sécurité pour toutes et tous sociale, écologique et démocratique.

Fondateur et éditeur de Chaumont City. C’est sa passion pour le numérique au service du territoire qui l’a poussé à créer ce média local. En tant que consultant digital, il met cette même expertise à votre service pour vous aider à développer votre présence en ligne. En savoir plus