
Dans le cadre des débats qui animent la vie locale à l’approche des municipales, la question des mobilités revient sur le devant de la scène. Alors que l’Agglomération de Chaumont affichait récemment sa satisfaction quant à la réorganisation du réseau de bus, un collectif citoyen tire la sonnette d’alarme, s’appuyant sur une enquête de terrain auprès des usagers.
C’est une réponse directe à l’actualité récente. Le 21 novembre 2025, le journal L’Affranchi se faisait l’écho du bilan jugé positif par l’Agglomération concernant les transports urbains. Pourtant, le collectif « Assigné·es à Résistance Haute-Marne » pointe une réalité bien différente.
Dans une tribune transmise à notre rédaction, le collectif conteste l’autosatisfaction ambiante, rappelant que la fréquentation globale a chuté de 12 % en un an. Au-delà des chiffres, ils dénoncent une « dégradation massive de l’offre » depuis la refonte du réseau il y a deux ans : baisse des fréquences, suppression de lignes et infrastructures inadaptées (arrêts sans abri, éloignement des commerces comme le Lidl).
Le communiqué met également en lumière les conditions de travail des conducteurs (amplitudes horaires de 12 à 13 heures, matériel vieillissant) et l’impact social de ces choix budgétaires sur les habitants les plus vulnérables.
Chaumont City vous livre ici, dans son intégralité, la tribune du collectif.
TRIBUNE. « Moins de bus, moins d’accès, moins de justice sociale »
« Alors que l’Agglomération affiche une grande satisfaction face à sa nouvelle organisation des transports (satisfaction nécessairement partagée par la Ville puisqu’elle siège en son sein) la réalité du terrain raconte tout autre chose. Ce que vivent réellement les usagers et les conducteurs est bien éloigné des discours officiels. Notre enquête de terrain le montre clairement : mobilité réduite, service public affaibli, fragilisation du quotidien.
Il était nécessaire de rétablir les faits. À écouter le président de l’Agglomération, Stéphane Martinelli, l’heure serait au bilan triomphant. Le réseau de transport atteindrait désormais « 1,3 voyageurs par kilomètre, contre 0,8 auparavant », une performance présentée comme l’objectif recherché. Mais derrière cette autosatisfaction, que partage nécessairement la Ville puisqu’elle siège au sein de l’Agglomération, se cache une réalité bien moins glorieuse : la fréquentation globale a chuté de 12% en un an.
Un signal d’alerte majeur qui révèle une évidence simple : quand on réduit l’offre, les habitants se déplacent moins, non par choix, mais tout bonnement par impossibilité. Contrairement au discours institutionnel, les Chaumontais n’utilisent pas le bus par agrément. Pour beaucoup, qui n’ont ni voiture ni permis, il s’agit du seul moyen d’accéder au travail, aux soins, aux commerces ou aux services administratifs. Le bus n’est pas un luxe, mais un lien vital avec la ville. Et lorsque ce service public se dégrade, ce sont les personnes les plus modestes, les plus isolées et les plus vulnérables qui en paient immédiatement le prix.
Les constats que nous formulons ne sont pas de l’ordre de l’opinion. Ils s’appuient sur une enquête de terrain menée par notre collectif, « Assigné.es à Résistance Haute-Marne », au contact direct des usagers. Nous avons interrogé, écouté et accompagné les habitants dans leurs trajets quotidiens. Il aurait suffi que l’Agglomération fasse de même avant de redessiner entièrement le réseau. Aller voir les habitants, entendre leurs besoins, confronter les choix techniques au réel : voilà ce qui a fait défaut.
La refonte du réseau, opérée il y a un peu plus de deux ans, a entraîné une dégradation massive de l’offre. La suppression de lignes, la fusion de certaines dessertes et la baisse des fréquences ont rendu les déplacements plus compliqués qu’avant. Le réseau semble désormais conçu presque exclusivement autour des besoins scolaires. Durant les vacances, les passages sont divisés par deux, alors que les habitants, eux, continuent de travailler, de se soigner, de vivre. Les actifs dénoncent des horaires incompatibles avec leur emploi du temps, des zones d’emploi desservies uniquement sur réservation et des correspondances si mal pensées qu’elles prolongent inutilement les trajets.
Ce n’est pas un hasard si certains préfèrent marcher plusieurs kilomètres, avant ou après une journée de travail, simplement parce que c’est plus simple et plus rapide. D’autres expliquent qu’ils utiliseraient volontiers le bus si les horaires correspondaient enfin à leurs amplitudes quotidiennes. Aux heures d’affluence, notamment le lundi matin ou en fin de semaine lorsque les lycéens internes arrivent ou repartent, les bus sont régulièrement surchargés. La situation est prévisible, connue, mais aucun renfort n’est mis en place. Et lorsque le soir ou le dimanche arrive, le réseau s’arrête tout bonnement de fonctionner. Certains habitants parcourent alors de longues distances à pied pour des activités essentielles, faute d’alternative, et voient leur vie sociale déjà fragilisée se réduire encore.
Les infrastructures ne sont pas davantage à la hauteur d’un service public digne de ce nom. L’arrêt le plus proche du Lidl se situe à près de 500 mètres du magasin. Près de la moitié des arrêts de la ville ne disposent d’aucun abri, obligeant les usagers à patienter sous la pluie, le vent ou en plein soleil. Des secteurs entiers comme Saint-Aignan, Brottes ou Chaumont-le-Bois ont perdu l’essentiel de leur desserte.
Quant aux lignes sur réservation, elles imposent de téléphoner uniquement entre 10h30 et 12h puis 14h et 16h30, des créneaux incompatibles avec les horaires de travail. Manquer ce créneau, c’est manquer le bus.
La situation n’épargne pas les conducteurs de Keolis, qui dénoncent des amplitudes quotidiennes de 12 à 13 heures, l’impossibilité de poser leurs repos, des vacations éclatées sur six jours et l’usage d’un matériel vieillissant. Les temps de parcours sont si serrés qu’ils les obligent parfois à dépasser les limitations pour rester dans les horaires. Lors des temps creux, ils doivent remonter au dépôt pour le nettoyage ou le ravitaillement des bus sans que ces tâches soient comptabilisées comme temps de travail. Le malaise est profond et les grèves massives de novembre l’ont rappelé.
L’Agglomération se félicite pourtant d’avoir réduit le coût du service, passé d’environ 1,6 million d’euros à 360 000 euros. Mais derrière cette économie, il y a un coût humain, social et écologique considérable. Un réseau de transport n’est pas une simple ligne budgétaire : c’est un outil d’égalité, de cohésion et un levier indispensable pour réduire la dépendance à la voiture individuelle et engager la transition écologique. À Chaumont, c’est tout l’inverse qui se produit.
Aujourd’hui, la ville se retrouve avec moins de mobilité, moins de cohésion territoriale, moins de perspectives pour ses habitants. Les quartiers les plus modestes sont isolés, les travailleurs perdent un temps précieux, les personnes âgées renoncent à des déplacements essentiels et les jeunes sans permis voient leur autonomie se réduire. Malgré les nombreuses réclamations adressées à l’Agglomération, aucune réponse concrète n’a été apportée.
Un service public doit servir le public, non flatter un tableau Excel. Il est urgent de remettre à plat le réseau, d’évaluer la délégation de service public, de mesurer les impacts sociaux réels et de corriger les effets délétères de cette réorganisation. Il est temps d’investir dans la transition écologique du réseau, de rétablir des dessertes dignes de ce nom, de revoir les horaires, d’équiper les arrêts, d’écouter enfin les conducteurs et de replacer l’usager au centre des décisions.
Nous, « Assigné.es à Résistance », continuerons de défendre une mobilité écologique, juste, accessible et réellement publique. Pour que Chaumont redevienne une ville qui relie plutôt qu’une ville qui exclut. Pour que chacun puisse se déplacer dignement. Pour que les habitants soient enfin écoutés. Ils ne demandent rien d’extravagant : un service public qui fonctionne et qu’on vienne leur parler. Les usagers ne mordent pas. »
Assigné·es à Résistance Haute-Marne

Fondateur et éditeur de Chaumont City. C’est sa passion pour le numérique au service du territoire qui l’a poussé à créer ce média local. En tant que consultant digital, il met cette même expertise à votre service pour vous aider à développer votre présence en ligne. En savoir plus