
C’est une œuvre monumentale, la 46ème d’une série qui l’habite depuis de nombreuses années. Dans son atelier de Chaumont, l’octogénaire André Leucart vient de mettre la touche finale à une toile saisissante dédiée aux martyrs de Tibhirine. Une création née d’une synchronicité troublante entre l’Histoire contemporaine et les textes bibliques.
Rencontrer André Leucart, c’est plonger dans un univers où la peinture n’est pas seulement esthétique, elle est « métaphysique ». Ce 27 novembre 2025, l’artiste nous a ouvert les portes de son atelier pour dévoiler sa dernière création grand format (1,95m x 1,30m), une pièce qui vient enrichir son incroyable travail sur l’Apocalypse de Saint-Jean.
Tout part d’un texte. André Leucart illustre le livre de l’Apocalypse, non pas de façon morbide, mais comme une révélation. En tombant sur le verset 4 du chapitre XX — « Je vis les âmes de ceux à qui on a tranché la tête pour avoir rendu témoignage à Jésus » — le lien s’est imposé à lui avec une force évidente. Comment ne pas penser aux sept moines de Tibhirine, enlevés et assassinés en 1996 en Algérie ?
« C’est une drôle de coïncidence qui m’a frappé », nous confie l’artiste. « Ce texte m’a rappelé ces hommes. J’ai donc décidé de les intégrer dans cette vision de la Jérusalem Céleste. » Sur la toile, on retrouve la symbolique chère au peintre : sept oiseaux (rappelant les sept moines), les constellations, ou encore le plancton en bas de tableau, allégorie de la source de toute vie.

Si cette œuvre impressionne par sa composition, elle témoigne aussi de l’adaptabilité de l’artiste. Les années passant, manipuler d’immenses châssis est devenu une épreuve plus difficile pour André Leucart. Les grandes toiles nécessitent habituellement d’être montées et descendues à l’aide d’une manivelle pour peindre chaque zone, un effort physique exigeant.
Pour contourner l’obstacle, le peintre a adapté sa méthode de travail pour cette 46ème œuvre. Il a procédé par « collage » : les portraits des sept moines ont d’abord été peints minutieusement sur de petites toiles indépendantes, plus accessibles, avant d’être découpés et marouflés sur l’œuvre finale.
Cette astuce technique donne finalement une force supplémentaire au tableau : elle offre un relief particulier aux visages des martyrs, comme s’ils se détachaient du fond pour venir nous interpeller directement.

André Leucart, qui peint depuis son plus jeune âge, nous a également permis de naviguer parmi les trésors accumulés dans son atelier, dévoilant la cohérence absolue de son parcours.
Il saisit avec précaution une petite huile sur toile au format confidentiel (16 x 24 cm) : Déjà l’apocalypse. À l’opposé : L’ange aux deux colonnes, une composition beaucoup plus lumineuse. D’une époque à l’autre, le peintre chaumontais explore inlassablement les contrastes entre les ténèbres et la lumière, fidèle à sa démarche symboliste.
Cette dernière toile monumentale sur Tibhirine est désormais visible, comme le reste de son travail, sur son blog personnel : peinturesdapocalypse.blogspot.com. L’artiste met l’image de cette peinture à disposition de tous, souhaitant avant tout partager ce message de mémoire.

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